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C’est l’histoire du crime parfait, du crime sans nom, le crime sans corps, le crime sans coupable. Même 30 ans après. Ceci est l'histoire du massacre de Freau Jardin, le 25 Janvier 1993. 1/

Demain 25 Janvier, marquera le 30 ème anniversaire du massacre de Fréau Jardin. #Togo #Histoire #Memoire
Le Togo en ce 25 janvier 1993 était au bord de la rupture après des semaines d’une grève illimitée déclenchée le 11 novembre 1992 par la CSI. Le dialogue était totalement bloqué si bien que la France et l’Allemagne ont pris l’initiative de relancer les discussions. 2/
En vue de faire une démonstration de force, la même CSI a demandé aux populations de Lomé et ses environs de venir manifester massivement devant le siège du HCR au Palais des Congrès, tout près de l’hôtel du 2 Février où résident les ministres Debarge et Schäfer. 3/
Dans des circonstances qui ne sont pas claires, l’esplanade du Palais des Congrès est bouclée par les forces de l’ordre et les 300.000 manifestants, selon les estimations, sont forcés de rebrousser chemin vers l’actuelle place Anani Santos 3/ youtube.com/watch?v=DenpYi…
qui s’appelait encore à l’époque la place Freau Jardin. Agbeyomé KODJO justifiera ce déplacement par une décision du gouvernement en vue d’assurer la quiétude des deux ministres. 4/
Tjrs est-il que sur place, un mouvement de panique est déclenché par la découverte de membres des forces de l’ordre dissimulés parmi la foule, ainsi que de membres violents du HACAME (Haut Conseil de la Coordination des Associations et Mouvements Estudiantins) et du MJSO5, 5/
mouvements estudiantins et de jeunesse affiliés au RPT, présents pour la provoquer et l’intimider. Les FAT ouvrent massivement le feu sur les manifestants touchant mortellement de nombreuses victimes. Même les personnes réfugiées dans les arbres ont essuyé des coups de feu. 6/
La CSI avait demandé aux participants à la marche de venir habillés en blanc et en tenant une bougie allumée. Des témoignages d’époque font état d’un plan visant à arroser les manifestants de carburant et à les brûler vifs. 7/
Le bilan de la fusillade reporte 19 morts. Cela semble peu vraisemblable si on tient compte du fait que selon des témoignages recueillis par Amnesty International, des membres FAT sont intervenus sur la place pour ramasser des corps dont on ignore ce qu’ils sont devenus. 8/
D’autres sources évoquent une centaine de victimes. Les ministres européens en état de choc, d’autant plus que la fusillade s’est déroulée quasiment en leur présence, se rendront au CHU de Lomé dans la soirée pour voir les corps amenés à la morgue. 9/ youtube.com/watch?v=uWCjVg…
Parmi les victimes du 25 Janvier, un militaire que les forces de l’ordre accusent les manifestants d’avoir tué. C’est dans le sang à nouveau que ce qu’ils estiment être un affront sera réprimé. Alors que Bè se barricade et résiste, un militaire est lynché et brûlé. 10/
La garde présidentielle et d’autres unités des FAT font irruption samedi 30 janvier dans la quartier, tirent sans distinction sur les civils, entrent dans les maisons, usent d’une violence inédite. 11/
Les répercussions dans l’immédiat sont énormes. C’en est trop pour les populations de Lomé, privées de tout depuis des mois dans le contexte de la grève générale, violentées de façon odieuse, elles prennent la fuite. 12/
En quelques jours, Lomé se vide. Les habitants franchissent la frontière du Ghana et du Bénin ou se réfugient à l’intérieur du pays. L’exil est massif, l’estimation montera jusqu’à 300.000 personnes selon Jeune Afrique. 13/
Le massacre de Freau Jardin restera une tâche sur la longue histoire du processus démocratique au Togo avec le silence honteux qui a entouré la chaîne des instructions, les responsabilités notamment d’Agbéyomé KODJO, 14/
l’absence des leaders de l’opposition à la manifestation qu’ils avaient initiée. 15/
L’affaire rebondit en 2011 lors des audiences de la CVJR. Agbeyomé KODJO passé depuis 2002 à l’opposition, lâche le nom de Komikpim BAMNATE comme étant celui qui l’aurait averti des violences qui se préparaient en ces termes peu équivoques 16/
“ce qui va se passer aujourd’hui, si demain l’opposition demande à ses militants de participer à une manifestation organisée par elle, ils (les militants) refuseraient ". BAMNATE était membre du HCR, Sécrétaire Général Adjoint du RPT et proche du Colonel Narcisse DJOUA. 17/
Léopold GNININVI, président du COD II contestera certains éléments clés de la déposition de A. KODJO, battant en brèche le passage où il semblait dire qu’il l’a rencontré pour l’informer ou que le déplacement des manifestants était une initiative du gouvernement. 18/
Il explique l’absence des leaders du COD II à la place Freau Jardin par le retard des émissaires européens qu’ils avaient convenu de retrouver à un point de rassemblement. 19/
Le Pr Natchaba également apportera un éclairage divergent sur le témoignage d’Agbéyomé KODJO, niant qu’il ait tenté de joindre Eyadema pour l’informer des événements en préparation, 20/
appuyant que le Général ayant appris cela de source anonyme aurait demandé à son ministre de faire évacuer les forces de l’ordre pour éviter le carnage. 21/
Une tentative désespérée de disculper le président post mortem, ou une envie d’enfoncer un ancien camarade politique passé dans le camp d’en face ? 22/
En tout état de cause, personne n’a jamais été inculpé pour ce massacre. Beaucoup des jeunes mobilisés à l’époque ont pris le chemin de l’exil, notamment les anciens Ekpemog et Ekpomog. 23/
Ces événements ont laissé une trace durable dans les esprits qui explique notamment les difficultés de l’opposition togolaise à mobiliser Lomé pour des manifestations de rue 24/
ou même la rancoeur tenace que les habitants tiennent à des leaders d’une opposition dont ils estiment qu’ils les ont à tort ou à raison, délaissés, planqués au domicile d’Edem KODJO, ce jour-là face aux balles et aux exactions. 25/
Les Togolais ont payé du sang et de leur vie, ont goûté la morsure de l’exil, d’avoir osé se dresser contre le régime du Général GNASSINGBE Eyadema. 26/
Si les populations ne se mobilisent plus, c’est aussi parce qu’elles ont fini par se rendre compte que ceux pour qui elles étaient prêtes à donner leur vie 27/
au nom des idéaux qu’ils représentaient les ont tous trahies les uns après les autres en rejoignant le régime qui les avaient endeuillées. 28/
Que justice soit faite pour les victimes du 25 janvier 1993 et pour toutes celles que ce long et douloureux processus de démocratisation a faites. 29/ FIN
Sources : La source principale du thread est le livre "Togo 1990 - 1994, le droit maladroit" de Philippe DAVID
Le témoignage d'Agbéyomé Kodjo à la CVJR en 1991 : 27avril.com/blog/actualite…
Pour aller plus loin sur les violences perpétrées par les forces de l'ordre au Togo, le rapport d'Amnesty International : amnesty.org/fr/wp-content/…
Le témoignage d'Edem Kodjo à propos des événements de Freau Jardin : youtube.com/watch?v=ibt9XZ…
Le récit du parti des travailleurs à propos de ce massacre : telegramme228.com/le-parti-des-t…
La synthèse des contradictions entre hommes politiques à ce sujet : wordactualite.centerblog.net/27-quiproquos-…
Dernier élément vidéo, extrait de l'émission Geopolitis où sont relatés les conséquences de la crise politique togolaise en 1994 : ina.fr/ina-eclaire-ac…
UneHistoireTogolaise🇹🇬
Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous affranchira Jn 8,32.
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